Sitôt la phrase « Ils vécurent dans la boucane et eurent beaucoup de sous à payer en dommages liés aux effets secondaires de la cigarette » prononcée… l’histoire est-elle déjà en train de se répéter ?

Sitôt la phrase « Ils vécurent dans la boucane et eurent beaucoup de sous à payer en dommages liés aux effets secondaires de la cigarette » prononcée… l’histoire est-elle déjà en train de se répéter ?

Sitôt la phrase « Ils vécurent dans la boucane et eurent beaucoup de sous à payer en dommages liés aux effets secondaires de la cigarette » prononcée… l’histoire est-elle déjà en train de se répéter ?

Vous connaissez cette comptine débutant par « J’ai du bon tabac dans ma tabatière, j’ai du bon tabac, tu n’en auras pas » (ou peut-être est-ce moi qui me fait vieille, probable aussi que cette chanson vous soit méconnue parce qu’elle est d’origine française, peut-être ai-je des référentiels musicaux douteux, ou alors l’ensemble de ces réponses) ? Quoiqu’il en soit, en tant que non fumeuse, ces paroles qui semblent avoir été conçues exprès pour narguer (bah quoi c’est vrai : ils ajouteraient un « nananère » et un visage en grimace à la fin que ça aurait le même effet, non?) m’ont toujours fait un peu rigoler parce que je m’imaginais leur rétorquer : « Grand bien vous fasse, j’ai tellement pas besoin de ça ! ». Mais c’est facile pour moi, qui n’ai jamais été portée vers l’idée de consommer quelconque cigarette, si ce n’est de celles sur lesquelles on voyait Popeye sur le dessus du paquet. Bon, me revoilà partie en vrille, à faire du coq-à-l’âne, mais si je reviens au point focal, n’empêche qu’à la base, cette chanson dédiée à un public enfantin (je le réitère) est tout de même titrée « J’ai du bon tabac » et on s’imagine bien qu’à part le chiquer (une activité qui, de toute évidence, n’est plus si répandue –l’eut-t-elle déjà été?!–), il est fait pour être fumé… En cherchant un tantinet sur Internet, on trouve aisément plusieurs sites qui affichent les paroles et diffusent la mélodie de cette chanson, dont celui de «comptines.tv[1]». Sur cette page Web, il y a un petit vidéo animé (où on voit deux vieillards, plutôt sympas, qui se dandinent au son de la musique, l’air visiblement heureux, l’un d’eux ayant une pipe à la main), les paroles et la partition musicale sont publiées tout juste en dessous… et, plus bas, on remarque aussi qu’il y a un bonhomme qui semble porter un kimono de karaté et qui donne un coup de pied sur une cigarette qui fend en deux… N’y-a-t-il que moi qui me dise qu’elle renvoie des messages drôlement contradictoires cette page Web destinée à un public en bas âge?

Le 1er mars 2019, il y a des cigarettières qui ont dû la claironner un peu moins fort la « petite chansonnette ».  À cette date, en effet, la Cour d’appel du Québec a, pour l’essentiel, confirmé un jugement de la Cour supérieure, prononcé près de 4 ans auparavant, et ayant condamné trois entreprises fabricantes de cigarettes au paiement d’une somme se chiffrant à plusieurs milliards de dollars en dommages moraux et punitifs. En résumé, il est « reproch[é] aux appelantes d’avoir conspiré, pendant près de cinq décennies [période entre 1950 et 1998], pour taire ou minimiser les risques inhérents au tabagisme et d’avoir, sinon créé, du moins entretenu une controverse autour de l’état des connaissances scientifiques afin d’encourager le tabagisme […] caus[ant], […] par voie de conséquence, le développement de certaines maladies chez les uns [cancer du poumon, du larynx, de l’oropharynx, de l’hypopharynx ou emphysème] et la dépendance au tabac chez les autres[2] ». Ça m’a inspiré cette version « remastérisée » : « J’ai du bon tabac dans ma tabatière, j’ai du bon tabac, mais y’était peut-être pas si « bon » dans tous les sens du terme faque j’vais d’voir payer pour ça »…

Plus ça change…

Rappelant les propos tenus en première instance dans le cadre du litige susmentionné, la Cour d’appel écrit : « La première [mise en garde sur les paquets de cigarettes, portant sur les risques et les dangers de souffrir d'une maladie causée par le tabac] est apparue en 1972, laquelle, par ailleurs, n’était pas suffisamment explicite quant aux dangers du tabagisme. Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que ces avertissements le sont devenus.[3]» De fait, la lecture du jugement nous apprend que tous les paquets produits après le 1er avril 1972 devaient porter la mention suivante: « Avis : Le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social considère que le danger pour la santé croît avec l’usage », laquelle indication était  inscrite « en caractères de petite taille, […], vraisemblablement sur les faces latérales des paquets, ou encore au pied des affiches publicitaires[4]». En 1975, les mots « évitez d’inhaler » s’ajoutèrent à l’avertissement précité, mais la notice conserva sensiblement la même apparence et le même espace occupés sur les paquets que sa version antérieure[5]. Il faudra attendre jusqu’en 1989, suite à l’adoption du projet de loi C-51 (devenu la Loi réglementant les produits du tabac[6]) pour que des messages plus poignants tels que « l’usage du tabac est la principale cause de cancer du poumon » et « l’usage du tabac réduit l’espérance de vie » fassent leur apparition[7].

La Cour supérieure rapporte que «[les susdites mises en garde] étaient d’abord si timides qu’elles nous feraient pratiquement rire aujourd’hui[8] ». En lisant cela, je me suis souvenue de ce soir où, assise dans le salon à regarder la télé, j’ai visionné coup sur coup deux annonces arborant la signature gouvernementale. Dans la première, on voit un gars, assis, bras croisés, en train de regarder la télé, qui mange du maïs soufflé à l’aide de sa langue de lézard et qui, en réponse au regard perplexe que lui jette le jeune homme se trouvant à ses côtés, justifie son comportement reptilien en disant que « c’est parce qu’il fume du pot ». On entend ensuite l’orateur nous dire : «Impossible que le cannabis fasse ça, mais, tu pourrais développer une dépendance». Dans la seconde, une jeune femme retire sa tuque sous laquelle elle s’avère avoir une tête semi-chauve. Devant les yeux abasourdis de cette autre fille qui la regarde, elle explique son allure de sosie du Frère Toc (dans la version que je connais de Robin des Bois) en utilisant le même argumentaire que l’homme-lézard dont je vous parlais ci-dessus. Une voix déclare alors que le pot ne peut engendrer cela, mais qu’avant 25 ans, il peut nuire au développement du cerveau. Je me suis alors demandée en quoi ces messages du gouvernement du Québec étaient-ils mieux que ceux d’Imperial Tobacco Canada ltée dans les années 70-80 ? Fournissent-ils une information de manière assez sérieuse pour que le consommateur daigne leur accorder l’importance qu’ils devraient avoir en son esprit ? Lui permettent-ils nettement de fonder sa prise de décision de fumer ou non de façon suffisamment éclairée? Que retenons-nous principalement après leur écoute plus ou moins attentive de « personne moyenne évachée dans son salon le jeudi soir » et qui regarde cette publicité comme en étant une qui défile parmi tant d’autres : le fait qu’une langue de lézard, bien que non-esthétique, c’est tout de même pratique quand on est fainéant et qu’on ne veut pas avoir à se lever pour prendre ses morceaux de popcorn ou cet avertissement « à la va-vite » vers la fin ? Parler ainsi des conséquences possibles de la consommation de cannabis, en utilisant « l’humour » (ou disons la légèreté) pour désamorcer le sérieux des propos en dissimulant ce qui devrait être l’essence même du message transmis à la population m’apparais banaliser la mise en garde étant faite (si elle en est une) et me fait me demander en quoi est-ce véritablement préférable au fait d’écrire un avertissement en petit caractères de calligraphie sur un paquet de cigarettes. Oh il y a certes cette notice que l’on retrouve sur un produit vendu sur le site internet de la Société québécoise du cannabis (SQDC), et qui dénonce (quand on prend soin d’agrandir la photo pour lire) que « consommer régulièrement du cannabis peut augmenter le risque de psychose et de schizophrénie[9] », mais ça, ce n’est personnellement pas les mots que j’ai entendu être télédiffusés… Sitôt prononcée la phrase « Ils vécurent dans la boucane et eurent beaucoup de sous à payer en dommages liés aux effets secondaires de la cigarette », sommes-nous en train de proposer une version revue mais pas corrigée de l’histoire débutant cette fois par « Il était une fois une plante verte, avec des feuilles aux extrémités pointues, qui soulevait déjà un tollé avant que son utilisation ne soit, sous certaines conditions, légalisée » ?

Se livrer soi-même au pilori ?

Qui parle de vente se réfère automatiquement à « moyen de rejoindre le consommateur/la clientèle potentiel(le) »; je ne me prétends pas experte en marketing, mais ça, même moi je peux le dire. Dans ce domaine, ma jeune expérience m’a conduit à apprendre que conclure ou non une vente dépend bien souvent de la façon de présenter les choses. Si je vends mon automobile usagée en écrivant que cette voiture m’a donné de bonnes années de loyaux services, ce n’est évidemment pas comme dire que cette dernière m’a couté une beurrée en réparations de tout genre pour que je puisse espérer la faire rouler pendant aussi longtemps…

L’article 16.1 de la Loi sur la Société des alcools du Québec (SAQ) prévoit que cette dernière a entre autres pour mission, par l’entremise de la SQDC, « d’assurer la vente de cannabis […] dans une perspective de protection de la santé »; je vous laisse juger de l’importance accordée aux deux idées se dégageant de cet extrait, suivant l’ordre de leur présentation et à la lumière des publicités précédemment abordées. Idem pour cette disposition législative qui indique que la SQDC « a pour objet de réaliser la mission de la [SAQ] portant sur la vente du cannabis » et qui liste, à ses  paragraphes 1 à 5, les actions qu’elle peut poser en ce sens. On y déclare certes que la SQDC peut (« peut », et non pas « doit») « informer les consommateurs sur les risques que présente le cannabis pour la santé, en promouvoir la consommation responsable, faire connaître les ressources d’aide appropriées et y diriger les personnes qui veulent cesser de consommer du cannabis », mais je vous laisse deviner à quel rang cet énoncé se situe (ben oui, au cinquième paragraphe… sur 5). Dans les faits, peut-on vraiment parler d’effort gouvernemental de sensibilisation ? Sommes-nous à la limite d’un « presque conflit d’intérêts » entre le gouvernement vendeur et amasseur de deniers et le gouvernement protecteur de la santé publique ? Je pose la question.

Personnellement, quand je veux acheter une nouvelle robe et que mon propre jugement est un peu incertain en sortant de la cabine d’essayage, je sais pertinemment que tout compliment que le vendeur/la vendeuse sera susceptible de me faire sera biaisé par son statut; plus encore si il/elle travaille à commission ou reçoit quelconque « boni à la vente » faisant ainsi en sorte que ma réponse, en tant que consommatrice, soit en partie potentiellement garante de sa paye. Vous l’aurez sans doute remarqué vous aussi : rares seront ces vendeurs/vendeuses qui vous recommanderont de ne pas acheter tel pantalon / telle robe parce qu’il/elle ne vous avantage pas et donne l’impression de vous grossir le popotin. Je ne dis pas que c’est correct, mais à tout le moins que c’est possiblement un comportement humain. À mon humble avis, c’est un peu la même règle qui s’applique dans l’affaire Imperial Tobacco Canada ltée c. Conseil québécois sur le tabac et la santé… et aussi peut-être dans le cas de la SQDC. Je vous concède volontiers que les conséquences entre l’achat d’un mauvais choix vestimentaire versus celui d’un produit contenant des composantes potentiellement cancérigènes et/ou néfastes pour la santé ne sont en aucun cas comparables (je le précise d’emblée, avant de me faire accuser d’effectuer des raccourcis mentaux de mauvais goût). Mais de fait, quand je lis les reproches formulés à l’endroit de ces compagnies cigarettières dans l’arrêt précité, sans pour autant cautionner leur réflexions et leurs agissements, je me dis : à quoi nous attendions-nous sérieusement ? Des dispositions légales ont beau exister, il ne faut pas se leurrer et oublier que là où il y a de l’homme / du gouvernement (et une piasse à faire par ce(s) dernier(s)), il y a aussi (à tout le moins potentiellement) de l’hommerie.

[1] Comptines et chansons pour enfants, J’ai du bon tabac, en ligne : [https://comptines.tv/j_ai_du_bon_tabac] (consulté le 14 avril 2019).
[2] Imperial Tobacco Canada ltée c. Conseil québécois sur le tabac et la santé, 2019 QCCA 358 (CanLII), par. 2.
[3] Id., par. 92.
[4] Id., par. 41-42.
[5] Id., 43-44.
[6] Loi réglementant les produits du tabac, L.C. 1988, ch. 20.
[7] Précité, note 2, par. 896.
[8] Létourneau c. JTI-MacDonald Corp., 2015 QCCS 2382 (CanLII), par. 110.
[9] Société québécoise du cannabis, THC Indica Aces, en ligne : [https://www.sqdc.ca/fr-CA/p-thc-indica-aces/629108013141-P/629108013141] (consulté le 14 avril 2019)

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